13 juillet 2006
Comme a dit Zidane, "je m'esscuze"!
Je suis en retard, ici, de quelques mots sur:
VOLVER, raté.
X-MEN 3, vraiment épatant.
CARS, extraordinairement excellent!
C.R.A.Z.Y., une merveille, un chef d'oeuvre...
DA VINCI CODE de Ron Howard. Un suppo et au lit.
Il est des films pour lesquels je ne perdrai guère plus de temps à la critique qu’au visionnage. J’ai lu le Da Vinci Code de Dan Brown l'an dernier et vu le Da Vinci Code de Ron Howard hier soir et je me déclare donc, par bulle papale personnelle, absout de toute critique constructive par dévouement excessif (marre de se flagéler, ça fait mal!).
L’intrigue du film, comme celle du livre, est inutilement alambiquée, incompréhensible pour le commun des mortels et bêtement complexe, le scénario, malgré ses distances dans l’adaptation, restant poussif et les dialogues se révélant d’une débilité incroyable par moments (« Robert… Que se passe-t-il ?! »). La mise en scène, notamment par ses choix de montages (alternés et parallèles, peu importe, puisqu’on s’en fout tant on s’y perd), est tout simplement digne des séries sagas de l’été les plus bas de gamme.
Audrey Tautou n’est jamais crédible et s’avère même parfois des plus exécrables (Ron Howard n’est visiblement pas Stephen Frears). Tom Hanks, limite besogneux, semble à peine heureux de gagner son argent, a priori plus préoccupé de travailler son futur rôle d’Ivan Mosjoukine dans le film historique que prépare Steven Spielberg sur la découverte de l’effet Koulechov (ne cherchez pas, c’est une intox, juste pour crâner en signifiant que l’acteur incarnant Robert Langdon a l’air constipé et incapable d’émotion d’un bout à l’autre du film). Jean Réno est merveilleusement inconsistant et, mis à part Etienne Chicot, méconnaissable et présent, seuls les acteurs incarnant des méchants paraissent avoir pris quelque plaisir à jouer.
Tout cela est fort dommage, quand même, car plus ici encore que dans le livre -ne serait-ce que par le choix d’une résolution amputée d’une moitié- le film fait fort peu cas de la place sensément retrouvée par la femme dans l’histoire de l’humanité, et Ron Howard passe à des milliers d’années lumière de ce qui aurait pu devenir un conte philosophique en choisissant l’option téléfilm bâclé. Mais, comme film de mecs, on a fait mieux, surtout dans le rythme !
Car il faut voir, pour le croire : « Monna Lisa » écrit avec deux « n », dans l’ascenseur du Musée du Louvres dont on se demande pourquoi il a été réquisitionné pour si peu, ou Sophie Neveu regardant, par le hublot du jet en train d’atterrir dans lequel elle se trouve, les voitures de police passer en contrebas à la même vitesse que l’avion (soit ce dernier se crashe, soient les voitures sont boostées façon Fast & Furious !). Et les fou rires ne manquent pas de gagner au fur et à mesure que l’on entend les policiers français parler, en live ou dans leurs talkie- walkies, affublés qu’ils sont tous d’une tension artérielle n’excédant pas deux…
Ce ne sont pas non plus les propositions graphiques aguicheuses des trop nombreux flash back, immensément stupides, racoleurs ou pitoyables, qui relèvent le niveau, dont l’apothéose est atteinte, en négatif et à la manière d’un M.Night Shamalayan se croyant obligé de prendre son spectateur de base pour un crétin, lorsque deux plans aux couleurs délavées nous montrent comment faire pour s’extraire vite fait d’un avion en roulage pour sauter dans un coffre de voiture. Vu la vitesse d’avancement de l’intrigue, tout spectateur avait largement le temps d’y réfléchir, merci quand même.
Miracles annulés au dernier moment, quelques partis pris dans l’image sont pourtant par instants joliment réussis, telle la visualisation de la résolution d’anagrammes, plutôt jolie.
Mais si peu ne fait pas un film et, à l’arrivée, il convient de constater avec dépit que sur ce coup-ci, vraiment peu illuminé, Ron Howard a réalisé une adaptation aussi mauvaise que le livre dont elle s’inspire, et que ce par ailleurs bon réalisateur tient ici sa caméra aussi platement que Dan Brown manie ses mots sans mordant, le chien.
Fidèle, finalement.
10 juillet 2006
ARCHIVE. 'LIGHTS'.
Le nouvel ARCHIVE est un chef d'oeuvre. Tout simplement.
Concept, construit, rigoureux, impeccable, immanquable.
De l'intelligence à l'état pur, album "lumineux", si j'osais...
Mieux que 'NOISE', même. Pour dire!
www.archivelights.com
06 juillet 2006
Article. Trop d'ouvertures...
PLUS MIMETIQUES QUE CRITIQUES
Ce qui frappe surtout chez cette génération (nb : les tout jeunes artistes), c'est sa relation profondément intime et appropriative aux images, dans tous les sens du terme. Une évolution qui a marqué Jean-Marc Réol, directeur de l'école d'art de la villa Arson, à Nice - une des écoles qui, en vingt ans, a produit le plus d'artistes sur la scène française, soit une quarantaine de représentants.
« Il y a un problème générationnel, remarque-t-il, dans le sens où de plus en plus d'étudiants ont une formation initiale entièrement dominée par l'image. Ils arrivent ici avec une culture de la pub, de la télé, parfois du cinéma, omniprésente, qui écrase complètement cette autre forme de culture qu'est le rapport au texte. Cela leur donne une capacité assez fluide de manipuler les images, mais l'esprit critique est souvent un peu en deçà de cette capacité. Or il est primordial pour arriver à définir une personnalité artistique - qui se singularise en général en s'opposant à un certain nombre de standards, ou en étant capable de les détourner - de transformer ce stock d'images disponibles. Pour avoir cette puissance de métamorphose, il est nécessaire de constituer un sens, un réseau de significations, d'interprétations, d'ironie, d'humour. Une partie de ce travail se fait dans le rapport à l'histoire de l'art, à la sémiologie, qui implique un rapport au texte: or, celui-ci est déficitaire. Si la capacité mimétique est plus forte que la capacité critique, cela donne souvent une sorte d'inconsistance : les jeunes artistes sont capables de reproduire un système sans le mettre en perspective. »
Ainsi c'est le rôle d'une école d'introduire à cette conscience particulière : proposer des savoirs « qui soient des embrayeurs poétiques ».
« Même si, poursuit Jean-Marc Réol, il faut bien dire qu'il y a une sorte d'inappétence. Il y a sans doute quelque chose à interroger sur la problématique du désir dans cette génération. Et le désir d'art en fait partie. Ce qui désoriente les étudiants, c'est que l'art se présente à eux sous une forme immense et kaléidoscopique; un ensemble de formes, d'attitudes, de moyens ouverts pour eux par les pionniers du XX siècle. La dilatation matério-logique et formelle a ouvert à l'art un champ énorme de possibilités, mais cette ouverture même fait peur : elle ne donne pas de sens. Les étudiants se retrouvent ainsi devant un immense possible, sans forme, magmatique. Il leur est difficile de trouver leur chemin dans ce monde qui leur paraît infiniment pluriel, infiniment ouvert: c'est-à-dire de réduire ces possibilités à une singularité de démarche, qui soit pourtant universelle, c'est-à-dire communicable. »
Emmanuelle Lequeux in Beaux-Arts Magazine N°253, p. 74.
Merci à Patricia Mignone, enseignante à Charleroi, Belgique.
