12 mars 2006

FAUTEUILS D'ORCHESTRE, de Danièle Thompson. De bonnes tranches de rires...

Exceptée, disons-le d’emblée, une histoire d’amour naissant, tout à fait cucu-la-praline, entre  les personnages joués par Cécile De France -par ailleurs épatante en petit provinciale fraîchement débarquée à Paris- et Christopher Thompson -également co-scénariste… le garnement n’aurait-il pas seulement introduit ceci dans son script pour s’octroyer quelques faveurs fictionnelles de la jolie belge ?- qui apporte au film aussi peu de sens qu’elle semble vraisemblable, la comédie de Danièle Thompson est franchement drôle et bien menée.

Une pléiade d’acteurs formidables composent des portraits se croisant, à la manière de ces histoires que Lelouch a toujours tenté de faire exister, et rendent crédible, par le biais d’une belle écriture (hormis la plate histoire d’amour idiote, c’est entendu), un improbable concours de circonstances très diverses mêlant leurs personnages, pourtant tout aussi fantasques et fantastiques qu’attachants.

Pris dans les vertiges du succès garanti, Albert Dupontel -impressionnant comme souvent (pour ne pas dire toujours)- donne vie à un pianiste trop à l’étroit dans son costume de scène  qui semble coincer sa carrure de sportif dans un carcan, à l’image de l'exiguïté qu’il vit pourtant professionnellement. L’acteur campe un personnage s’interrogeant gravement sur cet avenir merveilleusement tracé des années à l’avance, (sur)pris à un moment charnière de son activité artistique, et le scénario, malin, lui permet de ne pas devoir composer des moments convenus et redoutés, laissant plutôt sa place à la merveilleuse finesse dont il est capable, aménageant des lectures possibles dans de simples regards, d’une telle profondeur que tout dialogue inutile est épargné.

En doute, quant à lui, face à la mort arrivant et à la maladie contre laquelle il se bat secrètement (une surprise qui, si elle peut être attendue, n’en est pas moins traitée elle aussi avec beaucoup de délicatesse), Claude Brasseur, certainement armé de sa propre expérience en tant qu’homme « fils et petit-fils de », exp(l)ose son génie dans la -belle- peau d’un père magnifique et vieillissant, aussi absent pour son fils de fiction et discret par ailleurs que son charisme est envahissant, illuminé par les rayons (jeu de mots) des lumières apparaissant à l’heure des bilans.

Valérie Lemercier incarne, elle aussi (puisque le thème du film est bien là), un personnage en crise et en proie à une sérieuse remise en question, et se montre fabuleuse de drôlerie et de justesse, laissant sur les zygomatiques une empreinte inoubliable dans plusieurs séquences, dont l’une particulièrement mémorable en duo avec Sydney Pollack, grandiose.

Si ce n’est pas un film exceptionnel -ne nous méprenons pas- ni une œuvre d’auteur au sens noble du terme, on s’éloigne pourtant bien (ce qui se fait de plus en plus rare) des sentiers battus du téléfilm, et certaines réponses apportées aux questions posées l’air de rien ne manquent pas de pertinence. C’est une comédie franche en forme de régal plein de finesses tendres, respectueuse de son public, le grand, qui s’éloigne sans doute de comédie(s) plus franchouillarde(s) dont les résultats d’audience sont pourtant, ces temps-ci, plus énormes...

Posté par esprit critique à 11:55 - Commentaires [1] - Permalien [#]


Commentaires sur FAUTEUILS D'ORCHESTRE, de Danièle Thompson. De bonnes tranches de rires...

    Divergeant

    Mon premier commentaire sur ce blog avec un avis divergeant. Mais il ne faut pas se méprendre, ce n'est qu'un concours de circonstance. J'ai déjà lu le sublime article sur "Elephant Man", que je veux relire et relire encore avant d'y apporter peut-être un avis.

    Concernant ce fauteuil d'Orchestre, il s'éloigne peut-être des sentiers battus du téléfilm, mais pas de celui du genre "Chorale". J'ai eu comme l'impression désagréable que Danièle Thompson s'était appropriée artificiellement un genre à la mode. A ce propros j'ai eu exactement le même sentiment vis-à-vis du film "Collision". Ayant adoré des films tels que « Grand Canyon » de Lawrence Kasdan, « Magnolia » de Paul Thomas Anderson ou encore "Il y a des jours et des lunes" de Lelouch, fonctionnant sur un même principe narratif, je trouve Danièle Thompson ou Paul Haggis très peu inspirés. Pour "Fauteuil d'orchestre", j'ai ressenti toutes les scènes téléphonées, se répétant à l'identique, sans surprise et d'un profond ennui. Valérie Lemercier, je ne peux plus la voir en peinture, jouant toujours le même personnage quel que soit le film. Par contre, pour Cecile de France et Albert Dupontel, je suis très proche de ta perception.

    +++

    Posté par Chris, 16 mars 2006 à 11:37 | | Répondre
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