13 novembre 2005

EXPOS PHOTOS.

Vendredi 11 novembre. Photos!

Laurence, Lola, Grégory et moi nous sommes fait une journée photographie. J'ai pris les filles sur Lille pour rejoindre Greg à Bruxelles et filer, d'emblée, au Botanique, pour l'un des tous derniers jours de la belle rétrospective consacrée à Bettina RHEIMS, terminée ce soir, dimanche 13 novembre, malheureusement...

L'ensemble était vraiment impressionant, avec des coups de coeurs particuliers pour certains clichés. Les tirages d'un mètre carré, qu'ils soient en couleur ou en noir et blanc, rendent la photographie "grandiose", au propre comme au figuré. Le catalogue, édité chez Taschen, qui reprend toutes les images de la rétrospective et quelques unes en bonus, est une merveille.

L'après-midi, nous avons pris la route de Charleroi pour le musée de la photographie, installé dans un ancien carmel. Outre le lieu, que nous ne connaissions pas, superbe et propice à la présentation d'oeuvres d'art, les deux expositions qui nous intéressaient étaient également passionnantes, pour des raisons très différentes.

Lee MILLER, photographe née en 1907 et décédée en 1977, se fait connaître comme modèle et amante de MAN RAY, avec qui elle apprend la photographie à la fin des années 1920. Elle devient photographe de guerre, ensuite, et les images présentées de cette période, très dures, tranchent avec la sensualité montrée dans d'autres clichés de cette très belle femme qui a travaillé aussi bien, avec une énergie aussi grande pour l'une comme pour l'autre, la photographie d'art comme le reportage cru.

Je reviendrai peut-être ultérieurement sur la 'scandaleuse' exposition MAGRITTE ET LA PHOTOGRAPHIE mais, Greg le soulignait en visitant l'expo Lee MILLER, il est étonnant de voir à quel point l'avant seconde guerre mondiale a du être une époque enthousiasmante, brassant les arts, les hommes et les femmes.

Nous avons été ravis de retrouver, dans le sillage de Lee MILLER, non seulement MAN RAY mais aussi MAGRITTE, ELUARD ou PICASSO, entre autres, l'expo de cette belle photographe mettant paradoxalement bien plus en évidence ce mélange des genres, des gens et des arts que celle présentée avec tant de bruits (pour rien) autour de MAGRITTE, auquel l'hommage mérité ne lui fut pas rendu aux Beaux Arts de Bruxelles.

L'autre exposition du musée que nous avons voulu voir présentait une série de Lisa KALPSTOCK qui, elle, photographie, dans les rues de Toronto, les intérieurs de cours ou de jardins à travers des trous naturels formés dans les palissades. Par la profondeur de champ, les avant plans flous forment de grandes surfaces colorées qui, confrontées aux contenus des "trous" choisis, renvoient le regardant à sa position de voyeur, ces photographies couleurs, carrées, lorgnant clairement du côté de la peinture moderne.

     Lee MILLER est au musée de la photographie de Charleroi jusqu'au 27 novembre.

Posté par esprit critique à 19:04 - Commentaires [1] - Permalien [#]


Commentaires sur EXPOS PHOTOS.

    Un texte peu connu de Paul Eluard

    L'ECLAT DES BLES

    Je marchais en direction des blés, le regard instinctivement attiré par l'azur. Juin chauffait la campagne, l'espace était rayonnant. Une colline devant moi rejoignait le ciel. Je la fixai tout en ralentissant légèrement le pas. Soudain un vent emporta mon esprit en direction de hauteurs inconnues.

    Je fis un voyage extraordinaire, debout, pétrifié, les pieds bien posés sur le sol.

    La tête ailleurs, je partis je ne sais où. Tout y brillait d'un éclat mystérieux. Un autre soleil pareil au soleil éclairait ce monde. Et je vis la colline, la même colline qui me faisait face. Mais avec une perception différente. La colline était vivante, je sentais en elle une essence vitale, une respiration intérieure. Elle échangeait des pensées supérieures avec l'azur qui lui aussi semblait imprégné de vie. Très vite je m'aperçus que toutes choses communiquaient avec l'ensemble du monde en se faisant passer entre elles un souffle universel plein de sagesse.

    Les blés à côté de la colline formaient un choeur de millions de voix suaves, chaque tige ayant son chant propre, accordé avec tous les autres. La terre sous ces blés psalmodiait je ne sais quel étrange cantique. Le ciel avait pris un autre sens. Le bleu le définissait et je ne le nommais plus ciel mais le nommais Bleu. Les oiseaux dans les airs prenaient un prix infini. Créatures éternelles, rien ne pouvait les corrompre et leur vol se prolongeait dans des immensités sans fin.

    Tout cela était à la fois tangible et impalpable, présent et invisible, proche et insaisissable.

    Je redescendis aussi vite en moi que j'en étais sorti. Je me retrouvai les pieds toujours bien ancrés sur le sol, me réadaptant à la lumière du soleil habituel, qui me parut terne.

    Dubitatif, perplexe et à la fois parfaitement convaincu de la réalité suprême de cette curieuse, inexprimable expérience que je venais de vivre, j'avançai vers le champ de blés comme si je devais poursuivre ma flânerie.

    Poussé par une puissante intuition, je tendis la main vers une gerbe de blés pour la saisir.

    Un éclair illumina ma main et la rendit transparente un bref, très bref instant. Si bref que l'oeil de la mouche l'a déjà oublié et que le soleil en doute encore.

    Paul Eluard

    Posté par Raphaël Zacharie, 07 juin 2006 à 00:03 | | Répondre
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