31 juillet 2005

LA GUERRE DES MONDES, défunts des fins...

Nous avons vu LA GUERRE DES MONDES de Steven Spielberg avec Greg et les kids, il y a deux semaines. Très bon moment. Pour une « critique » construite, je vais encore réfléchir un peu mais j'ai quand même, déjà, quelques réflexions brutes à jeter...

1. Il y a bien longtemps que je n'ai pas eu « peur » au cinéma comme pendant ce film. Non que je me sois accroché au bras de mes voisins mais plutôt que j’ai été de nouveau (récurrence personnelle) happé par cette prise de conscience que, finalement, l'Humanité, si elle se considère comme le centre du monde sur sa planète, n'est effectivement que du rien dans l'univers.

2. La nature reprend toujours ses droits, thème récurrent discret dans l'oeuvre de Steven Spielberg (voir JURASSIC PARK), fonctionne encore relativement bien dans le présent film. La « nature » des envahisseurs (passez-moi le jeu de mots), plus belliqueux que l'Humanité tout entière, relativise celle des humains, et la Nature de la planète, seule, la sauve, au final.

3. Il faut que je vérifie mais, de mémoire, les trois personnages principaux du film, Tom Cruise, son fils et sa fille, portent des prénoms commençant par la même première lettre. Insignifiant à première vue mais hautement intéressant en ce qui concerne les aspects d’écriture.

4. N'y aurait-il pas un parallèle à réfléchir avec 2001, L'ODYSSEE DE L'ESPACE de Kubrick dans le renversement des échelles ? L'infiniment grand devient petit en regard de l'infiniment petit, quant à lui invisible à l'oeil nu depuis l'espace mais infiniment puissant au final. Les humains fourmis sont sauvés par bien plus petits qu'eux: « on a toujours besoin d'un plus petit que soi » reste une morale intéressante.

5. Le thème du visible invisible et / ou de l'invisible visible est également développé dans le film de Spielberg. Comme le thème sous jacent de l'importance du montage (le fait que ce soit la mise en relation de deux images qui leur donne un sens à toutes les deux, qu'elles n'auraient pas séparément) passait, dans MINORITY REPORT, par le regard et les yeux (le passage par la cécité ouvrait les yeux du héros au sens propre comme au sens figuré), le regard est dans LA GUERRE DES MONDES vecteur d’un discours analytique à développer. Le regard est souvent masqué, tout particulièrement celui de la fille, que son père cache avec un systématisme aussi indélicat que peu formateur au final, et peu de choses sont « réellement » montrées (ce qui n’empêche pas la jeune fille de se « rendre compte » de l’ampleur de la catastrophe en comptant les morts apparaissant sur l’eau comme autant de branches mortes). L'horreur passe par ses conséquences, ses résultats: les ruines ou la mort (fort « poétiquement » représentée par ce passage de corps flottants dans la rivière ou par ces vêtements volant dans le vent). Dans LA LISTE DE SCHINDLER, Spielberg montrait déjà l’horreur de la Shoah par des raccourcis aussi « discrets » que terribles (une simple liste de noms, une fumée sortant d’une cheminée…) et sa GUERRE DES MONDES ramène évidemment vers l’extermination de peuples au cours de la seconde guerre mondiale.

6. Le point précédent, recentré sur l’absence de démonstrations claires (montrer les démons et les monstres leur fait forcément perdre de leur force), me laisse envisager très fortement -même si la séquence de la visite de la cave par les aliens est totalement justifiée dans le scénario tel qu’il se déroule, puisque ces êtres d’ailleurs ne semblent même pas connaître un vélo, cause de crainte chez eux (ce qui prouve qu'ils n'ont pas observé la Terre d'assez près et rend la fin vraisemblable)- un film d'une tout autre dimension, bien plus fort car plus dur encore, si Spielberg avait choisi, comme Ridley Scott pour son monstre dans ALIEN, de ne pas montrer les créatures, ou tout au moins ne les avait que suggérés, laissant au spectateur le « soin » de les imaginer en fonction de ses propres peurs, de se composer une image des aliens en la nourrissant plus assurément par ses démons personnels.

7. Car même s’il ne semble malheureusement pas aller jusqu’au bout de son discours, rattrapé peut-être par des contraintes commerciales ou des points de vue personnels assagis avec l’âge, la mise en scène propose des partis pris visuels fort intéressants, ne montrant finalement la force destructrice des envahisseurs que de loin (vues quasiment toujours très lointaines des tripodes dont les sons, seuls, annoncent parfois la présence et effraient, créant un effet exactement inverse aux musiques attirantes des RENCONTRES DU TROISIEME TYPE), ou après leurs passages. De même, plusieurs fois, c'est par le biais d'écrans (viseur de contrôle d'une caméra vidéo abandonnée au sol par son propriétaire désintégré, ou d'un écran moniteur dans une camionnette de télévision) que sont montrées la destruction et l'horreur à l'oeuvre. Spielberg tourne-t-il trop vite ? A vouloir au final (se) faire (trop) plaisir (ou pour d’autres raisons), il passe juste à côté d’un film grave et fort, le frôlant dangereusement.

8. Etrangement, le film devient nettement moins intéressant lorsque son intrigue se resserre sur ses personnages principaux. Dans une recherche d’effet visiblement inversé par rapport à ses RENCONTRES DU TROISIEME TYPE (dont la version finale évite pourtant le gros plan de l’Homme seul entrant dans le ventre du vaisseau spatial), la (longue) séquence dans la cave, avec l'arrivée de ce personnage aussi étrange qu'étrangement vite effacé joué par Tim Robbins, s'enlise rapidement, faisant perdre son rythme au film tout entier sans que l'on comprenne finalement sa réelle utilité (exceptée celle du point 6). Est-il besoin de montrer que le réflexe de survie peut emmener un quidam au bout de la folie (paranoïaque ou meurtrière) alors que le film m’a déjà (bien mieux) mis en évidence précédemment?

9. A la sortie de la séance, en discutant, Greg et moi sommes tous deux tombés d’accord sur l'inutilité complète et du coup décevante du prologue et de l'épilogue d'un narrateur omniscient (risible en version française), sorte d'affront à l'intelligence du spectateur et à sa capacité à comprendre que les microbes peuvent tuer lentement (mais sûrement) les êtres les plus excessivement dangereux que la Terre a jamais portés, puisque même les kids (7 et 11 ans, pour rappel) l’avaient bien saisi. Mais, après enquête (… !) rapide autour de nous, même avec cette explication aussi grotesque que difficile à justifier dans un ton et une mise en scène aussi « réaliste » (je lancerai bien le débat sur les aspects « documentaires » du film, quant à eux fort passionnants puisque, visiblement, très déconcertants pour la majorité des publics), il semblerait que, pour nombre de spectateurs, cette mise au point en voix off ne suffit pas à la bonne compréhension du dénouement...

10. Le « happy end » (mes excuses au journaliste de La Voix du Nord si tel était son sous entendu dans sa critique) est tout aussi incompréhensible qu'inattendu, même (après enquête rapide!) pour le commun des (mortels) spectateurs. La réelle perte de l'un des personnages centraux de l’histoire aurait fait de LA GUERRE DES MONDES un vrai grand film. Au lieu de ça, pour « Dieu sait quelle raison » (est-il possible d'imaginer en filigrane aussi vibrant mais lamentable hommage à la force de la famille, même démolie dès le début ?!), tout -ou presque- rentre dans l'ordre dans le MEILLEUR DES MONDES... Dommage(s collatéraux, zéro).

A suivre…

Posté par esprit critique à 13:23 - Commentaires [1] - Permalien [#]


Commentaires sur LA GUERRE DES MONDES, défunts des fins...

    avis

    1er mauvaises choses:

    le narateur du début et fin du film en VF est comme tu le dis totalement inadapter.
    on s'en serrais bien passer.

    2eme:

    le fils qui revient après avoir été pris dans une explosion de (au moin 100 véhicules millitaire et toutes leur munitions...)
    de plus à terrain visiblement découvert...

    et sans boiter avec ca...

    le 2eme point aurait été modifier , le film serais déja dans ma DVD thèque en collectors.

    Sinon, je le conseils a tous et toutes.
    Très bo momments cinéma depuis des années...

    Posté par David 2eme HORNU, 28 septembre 2005 à 17:34 | | Répondre
Nouveau commentaire