09 juillet 2005

Au sujet du vide...

Repensant au film LES POUPEES RUSSES me revient l'idée que le vide peut amener du plein (pas dans LES POUPEES RUSSES, malheureusement) si tant est que la place du spectateur soit considérée pleinement et avec intelligence.

Par extension au niveau du processus d'écriture, le film de Klapish aura au moins eu le mérite de me faire réfléchir au sujet du vide et de l'absence de scénario et/ou de l'inexistence de réel grand objectif à atteindre pour les personnages.

J'ai repensé en cascade et de manière un peu brute à LOST, LES DISPARUS et 24, deux séries qui, paraît-il (je devrai me documenter plus précisément les concernant pour y revenir), se sont écrites sans que les scénaristes sachent où ils allaient.

Dans le cas de LOST, série télévisée plus qu'intéressante puisqu'elle se montre d'emblée extrêmement captivante (pour éviter de trop vite dire passionnante) et que rien ou presque rien ne se passe et n'avance vraiment sur les six premiers épisodes, la spéculation, le fantasme et l'investissement du spectateur étant ouvertement possibles.

Pour 24, j'avais lu que les scénaristes, au milieu de la saison 2, ne savaient pas qui mourrait ou même comment se terminerait la saison, dans un travail d'écriture en flux tendu, un épisode se tournant dans le temps que le suivant s'écrivait.

Takeshi Kitano a lui aussi joué avec le vide en écriture, notamment sur L'ETE DE KIKUJIRO. Dans une interview, Kitano prétend que son scénario amenait ses deux protagonistes -un adulte et un enfant- jusqu'à la mer. Au tournage, organisé dans la continuité, l'absence de scénario écrit pour la suite a obligé le réalisateur / acteur à improviser. Au final, très inspirés, les instants qui suivent sont d'une poésie rare et, à moins d'en être averti en amont, rien ne laisse supposer que le scénariste a posé son stylo pour la fin.

Je ne terminerai pas cette première note sur le vide sans citer, bien sûr, le 2001 L'ODYSSEE DE L'ESPACE de Stanley Kubrick, dans lequel la désinformation du spectateur passe par tous les creux de la communication imaginables (y compris le vide de l'espace), le magnifique LOST IN TRANSLATION de Sofia Coppola, qui permet au spectateur de partager plus que de raison l'ennui des personnages perdus dans la mouvance nippone, ou des films tels PRESQUE RIEN ou WILD SIDE, de Sébastien Lifshitz, ou plus récemment les essais de Gus Van Sant sur GERRY, ELEPHANT ou LAST DAYS, qui laissent au spectateur le soin de combler par son imaginaire des pans entiers de vide narratif, quitte à le frustrer.

Posté par esprit critique à 17:08 - Commentaires [0] - Permalien [#]


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