09 juillet 2005

LES POUPEES RUSSES, somnifères et pétards mouillés associés...

Comme j'ai fait la promesse aux enfants que nous irions voir LA GUERRE DES MONDES ensemble, j'ai proposé à Greg d'aller voir LES POUPEES RUSSES hier soir et, comme lui aussi en avait vraiment envie, tout heureux comme moi, a priori, de retrouver les personnages de L’AUBERGE ESPAGNOLE, c’est avec un plaisir certain et une belle impatience que nous nous sommes confortablement installés dans la salle du Kinepolis de Lomme pour… nous endormir.

C’est une plaisanterie, bien sûr, nous sommes restés bien éveillés pendant plus de deux heures, attendant même une hypothétique chute jusqu’aux dernières secondes du générique, mais si c’est une belle image que celle d'un puzzle enfin terminé, parallèle (trop) évident avec le couple s’accomplissant en-fin, il ne suffit pourtant pas de faire dire « super bueno » au chéri de la conquise pour que le film laisse le spectateur sur la même impression.

C’est pour rire, dis-je, bien sûr : nous ne nous sommes pas vraiment endormis. Mais, malgré tout, à l’image d’un scénario trop calme et d’une inventivité visuelle et sonore ronronnante (et ronflante, limite gonflante), comme si nous avions été dopés à l’anti-dépresseur juste avant d’entrer, nous nous sommes tous les deux (et sans concertation préalable, je le précise) franchement ennuyés.

En l'absence de véritable trame scénaristique, le film de Cédric Klapisch aurait tout à fait pu, comme d'autres ont prouvé brillamment qu'il est possible de le faire (à revoir, pour seul exemple, le magnifique WILD SIDE, de Sébastien Lifshitz, dans un tout autre genre), s'écrire en creux et faire exister son histoire entre ces pointillés qu'il semble vouloir utiliser et cette (fausse) déconstruction narrative qui, au final, relève plus de la fainéantise que d'une vraie volonté. Mais dre richesse dans les vides, aucune, puisque les pleins eux-mêmes vaquent entre superficialités crânes (parfois bourgeoises) rappelant les belles phrases d'un Florent Marchet ("j'attends la pluie pour jouer avec le feu"), faisant tomber le feu d'artifice annoncé le bec dans l'eau, et d'inutiles et (trop) longues errances s'avérant d'efficaces somnifères.

Malgré Romain Duris qui semble mettre tout son cœur à nous faire croire qu’il peut se faire jeter par autant de jolies filles juste parce qu’il est indécis (n’est-ce pas le propre des garçons ?!), malgré la beauté renversante de Cécile De France (vive la Belgique!) qui, décidément, prouve son professionnalisme de film en film, parvenant presque à donner à son personnage une épaisseur formidable (l’homosexualité ne sort pas grandie de cette farce, finalement plus « gay » que drôle, dans laquelle presque toutes les lesbiennes doivent être des camionneurs), malgré la performance d’une Audrey Tautou bêtement transparente, malgré le charme sexy de la sensuelle Wendy (cherchez l’erreur), malgré un storyboard (comble de l’inutilité dans le cas présent, excepté pour les quelques plans truqués mal fichus), malgré la Russie (ah ! la Russie !), malgré Londres (ah ! les promenades en bus), malgré l’Eurostar (ah ! la référence un peu lourde au dernier plan de LA MORT AUX TROUSSES de Sir Alfred Hitchcock), malgré les bâteaux mouches (Bzzzzz…), malgré les longs plans de longues marches (Rrrrrroooon… Psssshhhh… Tu dors ?), malgré l’absence de préservatifs dans cette histoire ou les rapports ne semblent même pas être protégés contre le ridicule… France déception.
Pardon : francHe déception (pour l’explication du jeu de mot, voir plus bas).

Crise de la trentaine oblige (…vraiment ?!), Xavier (Romain Duris, très sexe, c’est déjà ça, et tout spécialement quand il court nu, de nuit, dans Paris, pour rattraper sa belle espagnole (un signe de regret, peut-être?) dans une petite séquence dont le traitement n’est hélas absolument pas à la hauteur de son idée) est « en vrac ». Admettons. Martine, son ex (Audrey Tautou, difficilement crédible en fille perdue de la France profonde… syndrome propre à Jeunet ?) pleure sur son épaule. Passons. Sa mère se tape un beauf. Là, ça commence à coincer. Isabelle (Ah… Cécile… bref, je crois qu’on m’aura compris), sa meilleure amie lesbienne, lui montre le droit chemin en l’habillant en le métamorphosant en femme. Risible. Les russes sont casse-pieds avec leur besoin de rigueur. Insupportable. Les anglais s’excusent tout le temps. Non. Stop. Trop, c’est trop. Surtout quand ce n’est pas assez.

Non content d’annoncer en tout début de film, dans une séquence générique extrêmement prometteuse, tant sur la forme que dans le fond (rare moment de bande son pertinente, ceci dit au passage, pour ne pas enfoncer plus ni les compositeurs ni le responsable des "choix" de programmation), que tout ne sera qu’un gros bric-à-brac en vrac, comme la vie de Xavier, Cédric Klapisch s’y tient ! Pas vraiment d’histoire, rien de bien original, et cette énorme fausse bonne idée de vouloir utiliser les clichés pour ne pas se prendre les pieds dedans, dans une suite pourtant longue et vaine (où est la fraîcheur et l’énergie du premier opus ?) de saynètes sans réels liens qui ranime en nous le souvenir de films bien plus intéressants qui jouaient eux aussi les croisements avec infiniment plus d’intelligence (le CARNAGES de Delphine Gleize, le ROUGE de Krzysztof Kieslowski, L’AUBERGE ESPAGNOLE de Cédric… Cédric comment, déjà ?). A la fin, soyez sans crainte (euh… comment ça finit déjà ? ah, oui, comme dans le conte de fée annoncé au milieu), tout va mieux, ne vous inquiétez pas !


Cher spectateur, tu peux dormir tranquille.

Mais faut-il vraiment s’étonner que la crise de la trentaine écrite par un homme de bientôt 44 soit aussi molle qu'était folle la crise de « l’adulescent », juste quelques années auparavant ? Grave, même, le ton ne l'est pas un seul instant. Car si rien n’oblige un film de fiction à pousser jusqu’à la prévention (le plus souvent traitée trop vite ou bêtement, c’est vrai), les trentenaires d’aujourd’hui ne sont-ils pas, pour certains, les derniers à avoir pu connaître l’amour sans préservatifs et, pour les autres, les premiers à n’avoir pu connaître que l’amour dit « protégé »? De ceci, aucun mot. Mais une belle cohérence de vacuité (trop) assumée à propos de la paternité, d’un revers de baby-sitting évincée, alors que…

Non content de faire disparaître le SIDA dans cette vie-là (dans ces villes-là ?), Cédric Klapisch, scénariste esseulé (le fond du problème n’est-il pas là, d’ailleurs ?!), transforme également - en un tour de main et une séquence trop courte qui retombe connement sur les pieds de la futilité d’un gsm trop vite raccroché - la mondialisation et la misère du monde (le vrai, tout autour) en prétextes à un humour noir tellement obscur qu’il ne fait même plus rire. Loin s’en faut.

Tout va bien, vous dit-on! Forcément, nous sommes en France, le pays de l’amour, du "voulez-vous coucher avec moi?", de la tolérance, de la délicatesse, de la diplomatie…?! Ils sont d’amer goût aussi ces réflexes franco français. Trop c’est trop, je le souligne déjà depuis plus haut. En y réfléchissant, alors que Xavier s’acharnait à apprendre les langues étrangères (et pas seulement dans la bouche des filles) dans L’AUBERGE ESPAGNOLE, signe des temps ou signe de vieillesse prématurée sans sagesse associée, Xavier est cette fois tout content de parvenir à faire parler français presque tout le monde, même la petite anglaise ! Ô my God ! Un peu limite, je trouve, personnellement, mais cela n’engage que moi...

Bref. Plus question ici de gâchis ni de déception. Juste l’impression aigre que l’on se moque tout simplement de nous…


Donc, cher Cédric Klapisch, si vous lisez ces lignes (vous pouvez le faire en rigolant, après tout, puisqu’au moment où je rédige, déçu, ces lignes acerbes, votre film caracole dans le top 3 du box office français, juste derrière MADAGASCAR, battant même STAR WARS III, qui n’y est que quatrième), deux ou trois petites choses tout à fait entre nous:

1. « CE QUI ME MEUT » est à présent, visiblement, le nom de votre maison de production : rappelez-vous plutôt toute l’inventivité naïve mais follement énergique de ce court-métrage épatant que vous aviez signé il y a quelques années, ça nous fera du bien : sa belle originalité à elle seule suffisait pour emporter le public dans de franches rigolades…

2. Il ne suffit pas, je pense, de parsemer çà et là un film de quelques effets de montages (voire même « spéciaux », gaffe, ça choque un peu quand même, surtout quand le systématisme pointe son nez) pour faire bien, et principalement quand, tout autour, l’histoire, la manière de la filmer puis de la monter restent franchement convenus, pour ne pas dire absolument cliché, ce que vous semblez pourtant vouloir éviter…

3. J’ai lu ou entendu quelque part que vous souhaitiez d’ores et déjà retrouver vos personnages mais que votre envie profonde était d’attendre 5 ou 10 ans… Quel soulagement ! D’ici là, avec un peu de chance, les (très bons) acteurs de votre « saga » (à prendre au sens le plus France Télévisionesque du terme, c’est-à-dire plutôt du côté de TF1) seront devenus trop chers, ce qui nous permettra de les attendre avec aussi peu d’impatience que nous en avons pour LES BRONZES 3.

4. (Je sais, je sais, j’ai dit deux ou trois choses… Je suis un excessif qui s'assume) A l’occasion, si vous cherchez un scénariste (point positif, par contre, c'est vrai, vous n’avez au moins pas cherché à nous faire croire que vous aviez travaillé à plusieurs sur ce film qui bâcle les intrigues secondaires, déjà quasi inexistantes, en trois plans inserts en fin de film, pauvre Martine, elle va se faire arroser...), n’hésitez pas à venir nous demander : je connais quelques étudiants motivés qui vous accorderont une belle ristourne et parviendront sans peine, en plus - cadeau bonus - de vous trouver des idées rigolotes et originales bien plus abouties, à réaliser vos plans composites avec plus de soins !

Veuillez agréer mes respects les plus sincères, ceci celà…


Parce que, quand même, un jour ou l’autre, ça va se voir que LES POUPEES RUSSES est un mauvais film… Non ?


P.S. 1 Fun ! Je suis plus « Cahiers du cinéma » que « Positif », cette fois !

P.S. 2 Mea culpa : finalement, courrez voir MADAGASCAR : c’est franchement poilant, et vous comprendrez pourquoi, à la fin des POUPEES RUSSES, le fou rire n’était pas loin lorsque nous nous sommes soufflés dans le creux de l’oreille un « c’est nul ici » !

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